Ce n’est plus un budget, c’est une devinette

 

Ce n’est plus un budget, c’est une devinette

Le trou budgétaire met en péril la crédibilité du gouvernement fédéral. Les ministres semblent miser sur les vieilles ficelles pour combler les trous budgétaires, en parant au plus pressé.

© Fournis par Le SoirAlors 2,2 milliards à trouver ? 3,2 milliards ? Plus que 3,2 milliards ? L’équilibre en 2018 ? En 2019 ? Peu importe ?

Ce n’est plus un budget, c’est une devinette. Ce n’est plus un exercice de précision, c’est du vogelpik. Ce n’est pas une unité de vues, c’est la farfouille : Peeters voit le trou plus grand qu’envisagé par ses camarades, les Flamands veulent l’équilibre en 2017 alors que le MR est prêt à reporter les efforts à 2017 et 2018.

Quel bazar ! À défaut d’avoir ce qu’on voudrait (un chiffre pour le déficit, un chiffre et une date pour l’objectif visé, les mesures pour boucher les trous), on sait ce qu’on n’a pas : la maîtrise budgétaire promise par la suédoise. Les partis qui la composent l’avaient claironné : on allait voir ce qu’on allait voir – comprenez : tout autre chose que les gouvernements précédents. Dégagez les amateurs, les professionnels entrent en piste.

Une vision stratégique, de la rigueur budgétaire… et l’équilibre, rappellent les observateurs flamands. Qui, ces derniers jours, sont sans pitié : si la suédoise n’a même plus l’ambition déclarée de régler le déficit, elle ferait mieux de fermer boutique. De Morgen avant-hier, Het Laatste Nieuws hier : « L’équilibre budgétaire en 2018 était l’unique selling proposition” de cette coalition. Si elle ne la réalise pas, elle brise la promesse faite à deux Flamands sur trois. Et perd sa raison d’être. » Oups !

Il y a le feu au lac. Et de quoi écourter les escapades chinoises du Premier ministre. On ne donne d’ailleurs même plus de date de fin pour ce qui tient de plus en plus du sauve-qui-peut budgétaire. Ceux qui aimeraient penser ou démontrer le contraire ont bien de la peine à trouver des arguments probants dans la manière dont se déroule le feuilleton depuis quelques jours.

C’est sans doute ce qui est le plus gênant, car c’est ce qui met en péril la crédibilité du gouvernement fédéral : le grand bazar budgétaire du moment, avec ses mauvaises surprises, sa dramatisation et ses empoignades intracoalition, est un flagrant déni de cette bonne gouvernance promise, qui devait « sauver » la gestion de la Belgique. Car on a surtout l’impression que ce qu’on essaye soudain de sauver, c’est la face. On faisait passer les « autres » pour des illusionnistes – « Show me the money », disait De Wever à Magnette –, on a soi-même aujourd’hui de la peine à comptabiliser de réelles économies…

Adieu bonne gouvernance, adieu gestion par anticipation, adieu remodelage – dites redesign – de l’Etat, avec en ligne de mire l’efficacité et le juste poids du secteur public dans la machine belge ? Revoilà en tout cas le traditionnel ballet de ministres courant en tous sens, grattant les fonds de tiroirs, misant sur les vieilles ficelles pour combler les trous budgétaires, en parant au plus pressé. On a beau chercher, cela n’a ni l’odeur ni la couleur d’une trajectoire politique préméditée.

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