De l’Hospice Saint-Jacques au Home Saint-Jacques : Héritage

Les pensionnaires sont logés dans la grande salle de réception actuelle.

D’un côté les hommes de l’autre les femmes, séparés par des tentures.

La CAP (Commission d’Assistance publique) emploie trois Sœurs : Sœur Agnès, infirmière visiteuse, Sœur Marie-Pierre, cuisinière Marie-Louisa, dans le civile Georgette Marllère, c’est la cheffe.

Au milieu, un gros poêle à charbon. Les deux pièces attenantes servent souvent de salles séjour, l’une pour les femmes l’autre pour les hommes : il n’y a pas de mixité.

L’une des Sœurs dort dans la chambre mansardée à l’étage (au fond de la salle) sans commodité. L’hiver, elle grelotte ; l’été, elle étouffe.

Pendant la nuit, en cas de panne de courant, la Sœur doit se lever, traverser la salle avec une bougie pour réparer avec du fil…

Le bas de l’hospice est réservé aux Sœurs.

Les toitures sont percées à plusieurs endroits. Elles courent avec des seaux et des bassins en cas de pluie. Il en est de même pour la ferme où la toiture est sur le point de s’effondrer.

Au lendemain de notre arrivée au pouvoir, en 1977, la tutelle ordonne la fermeture du home si des travaux ne sont pas entrepris. Branle-bas de combat !

Chacun s’y met, y compris les Sœurs, qui nous permettent d’occuper le bas du cloître. Nous aménageons quatre chambres à deux lits à l’étage. Le nombre de pensionnaires passe de treize à vingt-trois personnes.

Le 4 août 1980, le rapport des pompiers déclare l’ensemble du circuit électrique non conforme et exige l’aménagement d’une porte de secours débouchant sur une terrasse que j’ai construite moi-même, la pose de portes coupe-feu, d’une main-courante le long du cloître, l’adaptation des conduites d’eau à leurs lances ainsi qu’un ascenseur pour l’étage. La cage de l’ascenseur et les autres travaux dont les planchers ignifugés seront effectués par les services de travaux de la commune.

Les toitures seront réparées grâce à l’accord conclu avec la formation ONEm, la CAP devenue entretemps Conseil Permanent d’Aide Sociale finance l’achat des matériaux et les frais de déplacements du personnel. Les conditions de travail et de vie des Sœurs seront améliorées.

Pour rappel, les intérêts d’emprunts à l’époque sont de 10 à 15 %. Le Service des Travaux par l’intermédiaire de son Echevin répond à toutes les sollicitations des Sœurs et du Président du CPAS, Yvon Coche, PS

Autre exemple. Sœur Agnès n’étant plus apte, vu son âge, à exercer ses fonctions, elle devait rejoindre sa Congrégation religieuse ; ce que ni les autres Sœurs, ni nous ne souhaitions. Nous avons donc aménagé un petit appartement dans d’anciennes cellules pour qu’elle puisse rester avec ses collègues et les pensionnaires. Voilà comment furent mes relations et celles du service des Travaux que je dirigeais avec le CPAS dirigé par un président PS et les Sœurs.

Fermeture de l’Hospice

En date du 16 juin 1995, la nouvelle majorité votait la fermeture de l’Hospice qui devait être effective le 31 janvier 1996. Nous avons voté contre. Le 24 juillet 1995, avec Françoise Rondeau (PS), Robert Dupon (UDP) et Nestor Pourbaix, nous présentons une note démontrant la nécessité d’un Home au Roeulx.

Les données nous ont été fournies par le Ministre Willy Taminiaux. Le lendemain de la décision de fermeture, Sœur Marie-Louisa (Georgette Marlière) demande à me voir par l’intermédiaire de ma fille Karine qui travaille au Home.

-       « Vous n’allez pas laisser fermer notre Maison de Retraite, me supplie-t-elle .»

-       «  Que pouvons-nous faire ? »

Connaissant, par l’expérience de l’Anglo-Germain, la force que peut avoir l’opinion publique, il nous faut informer, mobiliser cette opinion avec le personnel.

Le 17 juillet 1995, se constitue un Comité de Défense. Commence alors une campagne de sensibilisation : affiches aux fenêtres, pétition, manifestations du personnel… Ces actions sont bien accueillies par la population.

Lors d’un Conseil communal, la brave Sœur Marie-Louisa remet au Bourgmestre une pétition de deux mille cinq cent signatures. Avec les nombreuses affiches aux fenêtres, la pression populaire fait son effet dans la population.

Nous informons, alors, Willy Taminiaux que la majorité du Conseil communal Rodhien et du CPAS a mis en doute ses données et les rejettes.

-       « Si c’est comme ça, dit le Ministre, je les invite, vous y compris, à Namur ! »

Et là, le Ministre fait la démonstration de la nécessité et de la viabilité d’une nouvelle Maison de Retraite au Roeulx.

Au sein de la majorité Intérêts Communaux, ce sont surtout les représentants du MR qui sont pour la fermeture du home. Rien de nouveau, aujourd’hui avec la majorité MR conduite par Mr Benoît Friart.

-       « Nous avons la Biersée à Gottignies. C’est suffisant ! »

La Biersée et une institution privée. C’est tout dire

Cependant, les arguments du Ministre Taminiaux et la pression de l’opinion publique ont infléchi la position de certains mandataires de la majorité qui ont pris le dessus sur le MR. Lors de la concertation de la Ville et du CPAS, je demande la suspension de la décision de fermer le home. On sent bien les sensibilités divergentes au sein de la majorité entre les libéraux et les chrétiens. Une fois la décision prise d’ouvrir une Maison de Repos et de Soins, tant le Bourgmestre Albert Tesain que le Président du CPAS, Jean Ramlot en particulier, se sont investis dans ce magnifique projet.

Ils ont eu le courage politique de changer d’avis. Ce que l’actuel Bourgmestre, Benoît Friart n’aurait certainement pas fait étant donné qu’il existe… des « seigneuries » et des maisons privées.

L’ouverture du nouveau Home a lieu le 9 mars 2001 avec son inauguration en présence de Willy Taminiaux. Quelle belle réussite grâce à la pression et la mobilisation de l’opinion publique. Celle-ci est une force quand elle est informée et mobilisée. Pour moi, il n’y a là rien de nouveau. C’est un exemple supplémentaire de l’efficacité de la force de l’action populaire en prolongement de l’action politique. On peut être fier du résultat : Le Roeulx dispose aujourd’hui d’une Maison de Repos et de Soins de cinquante-cinq lits, avec une liste d’attente. Aux responsables politiques actuels et futurs de penser aux possibilités d’augmenter le nombre de lits, voire de construire des maisons pour ménages de pensionnés.

Pour la sauvegarde de l’hospice Saint Jacques, nous avons joué un rôle certain. Nos adversaires politiques de l’époque, comme Albert Tesain et Jean Ramlot, ont le mérite de le reconnaître.

Autre héritage du point de vue social.

A la fusion des communes, en 1976, seules Thieu (commune dirigée par le communiste Elie Hoyas) et Le Roeulx disposaient d’une assistance sociale. Est donc apparu nécessaire l’engagement d’une assistante sociale supplémentaire pour couvrir les demandes d’aides provenant des autres communes, Ville-Sur-Haine, Gottignies et Mignault.

Au sein du CPAS, nous exigeons des changements dans les locations des terres et pâtures. Auparavant, la pratique était de favoriser le plus offrant, ce qui favorisait les « plus gros » fermiers au détriment des « petits ».

Nous instaurons donc des priorité selon les critères suivants : Être fermier soi-même, à l’exclusion donc des métayers, tel le richissime Vastapane ; la composition familiale ; les victimes d’expropriations, la superficie déjà cultivée, etc.

Nous généralisons les suivis du CPAS comme les repas, les aide-ménagères, les aide-sociales dans les communes qui n’en n’avaient pas. Pour les élus Intérêts communaux ce n’était pas nécessaire. Il n’y avait pas de sollicitation. ?????

Principaux travaux réalisés pendant mon échevinat des travaux.

En héritage, à la fusion des communes de 1976, nous avons comme matériel, un vieux tracteur en provenance de Ville sur Haine et un vieux camion du Roeulx. Rien comme matériel, même pas un coupe-dalle. Comme local, un garage au Faubourg de Binche.

Or, la fusion nécessite un regroupement du personnel. Rien n’a été préparé par la majorité IC du Roeulx, présidée par Friart père, alors que l’on sait que le Roeulx sera la Commune pivot de cette fusion. Elle ne tient pas compte de notre proposition de réunir les conseils communaux des différentes communes pour discuter ensemble de la préparation de la fusion.

Parmi les ouvriers de ces communes, il existe des différences salariales importantes que nous solutionnons par l’alignement sur le plus haut salaire avec deux barèmes de salaire. Les 36 heures sont instaurées. La Commune prend en charge les habits de travail.

L’ancienne gare du Roeulx, propriété communale qui tombe en ruine est proposée au Collège pour en accueillir les services des travaux de l’ensemble de la Commune. La restauration et l’agrandissement de la gare seront effectués par le personnel du service des travaux ; il en est de même pour les nombreux garages nécessaires pour le rangement du nouveau charroi et de l’outillage que la Commune acquiert.

La ville achète plusieurs immeubles sur la Grand place pour permettre la centralisation des services administratifs, ce qui nécessite aussi de nombreux travaux de transformation et d’aménagement exécutés par le personnel communal tout en répondant aux sollicitations des Sœurs et du CPAS.

Ainsi la grande salle de réception a subi un dépavage et un repavage. Oui des pavés d’une certaine épaisseur, et en … des dalles de pierre bleue, on peut voir la différence de ton le long des murs, les dalles de pierre bleue. Cela a été effectué par un des excellents ouvriers appelé René Noël, pas l’ancien bourgmestre de Cuesmes.

Celle belle salle a donc été complètement restaurée : pavage, éclairage, mise en couleur, installation de toilettes. Il en est de même avec la salle de Ville-Sur-Haine, à l’exception de la dalle du sol, les autres aménagements et annexes ainsi que le plafond « suspendu » ont été réalisés par les ouvriers communaux. Les travailleurs étaient fiers de leur travail. Mais pour effectuer ces travaux, il fallait des travailleurs qualifiés avec des salaires  correspondant à leur qualification. Ce qui fut fait. Rappelons qu’à l’époque les intérêts des emprunts contractés étaient de 10 à 15 %…

Anecdotes de Marcel Couteau

Je fais miennes les paroles de mon père : « Un communiste triste est un triste communisme. » Il voulait dire par là qu’un communiste doit être dans la société comme un poisson dans l’eau. Il doit être parmi la population laborieuse, exprimer la joie de vivre. Ne pas être un pisse-vinaigre. Il ne doit pas apparaître comme un corps étranger…

Papa disait aussi : « Je veux bien marcher avec quiconque qui va dans la même direction. Toutefois, avec les socio-démocrates, le long du canal, je ne me mettrai pas du côté de l’eau… »  D’accord de faire un bout de chemin mais en prenant des précautions. Prendre en compte les convergences.

« Un militant communiste doit descendre dans les ruelles » pour écouter et prendre en compte ce que disent les gens et essayer d’y répondre.

« Le militant syndical communiste doit être l’un des meilleurs dans sa profession. » Car il aura alors la confiance des travailleurs et le respect du personnel de maîtrise, puisque son engagement risque de perturber sa carrière professionnelle (promotion).

Dans ma vie militante, tant sur le plan syndical que politique, j’ai pu vérifier la pertinence des ces paroles paternelles.

Marcel Couteau