Attentats de Bruxelles : non, monsieur le premier ministre !

Attentats de Bruxelles : non, monsieur le premier ministre !

23 mars 2016 – Michel Collon – Investig’Action

Hier, comme tant de Bruxellois, j’ai passé des heure…s à vérifier où se trouvaient mes proches. Qui, par malchance, aurait pu se trouver dans ce métro maudit, que j’emprunte moi aussi chaque fois que je me rends au bureau d’Investig’Action ? Qui, par malchance, aurait pu se trouver près du Starbucks de l’aéroport, où j’ai l’habitude de prendre un thé en attendant le vol ? Recherches d’autant plus angoissantes que le réseau était évidemment saturé.

Bref, comme tant de Bruxellois, j’ai vécu, un jour, ce que vivent depuis des années les Irakiens, les Libyens, les Syriens, et avant eux les Algériens. Pour être allé plusieurs fois sur des sites bombardés par les Occidentaux, je sais à quoi ressemblent ces morceaux de corps disloqués que plus jamais personne ne pourra embrasser. J’ai vu là-bas la douleur de ceux qu’on prive à tout jamais de leur mari, de leur femme, de leur enfant.

Comme tant de Bruxellois, j’ai pleuré et j’avais envie de frapper les criminels qui s’en sont ainsi pris à tant d’innocents. Mais on ne naît pas criminel, on le devient. Et la question la plus importante est : comment en sont-ils arrivés là ? Nier à ce point la valeur de la vie de tant d’innocents ! Les faire souffrir et terroriser au lieu de se battre – avec ces innocents – contre l’injustice qui nous frappe tous ? Qui a intoxiqués ces jeunes, qui leur a montré l’exemple de la violence, qui les a plongés dans le désespoir et surtout qui les a armés ? Criminels, oui, mais ne sont-ils pas aussi victimes quelque part, même si ce terme peut choquer.

Alors, quand j’ai entendu notre premier ministre Charles Michel déclarer en conférence de presse que les Belges avaient besoin de s’unir, et qu’il évitait soigneusement la question centrale « Comment en est-on arrivé là, qui sont les responsables ? », alors je me suis mis en colère contre cet homme hypocrite qui nous propose simplement de continuer comme avant. Alors que la question des gens, c’est justement : « Comment éviter que ça recommence bientôt ? Quelle politique appliquer pour mettre fin à cet engrenage infernal ? »

Vous croyez vraiment que la surveillance et la répression empêcheront de nouveaux attentats ? Certains, oui, mais pas tous, c’est impossible. Pour cela il faut changer de politique. Votre politique.

Einstein disait « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». En effet, on n’empêchera pas le terrorisme tant qu’on n’aura pas débattu sur ses causes profondes. Afin de mettre en place une vraie prévention.

Monsieur le premier ministre Charles Michel, je ne vous remercie pas. Car vous avez refusé de poser les questions importantes : Les Saoud et le Qatar ont-ils financé les terroristes ? Oui, les rapports des services US le disent. Les Etats-Unis ont-ils créé Al-Qaida ? Oui, Hillary Clinton l’a reconnu. La CIA a-t-elle organisé un camp d’entraînement en Jordanie ? Oui, le célèbre journaliste US Hersh l’a prouvé. Fabius a-t-il encouragé le terrorisme en déclarant « Al-Qaida fait du bon boulot » ? Oui, regardez sa vidéo de Marrakech, décembre 2012.

Et d’une façon générale, les Etats-Unis ont-ils utilisé le terrorisme dit islamiste depuis Ben Laden en Afghanistan en 79 jusqu’à la Syrie aujourd’hui, en passant par la Bosnie, le Kosovo, le Caucase, l’Algérie, l’Irak, la Libye et d’autres pays encore ? Ne faut-il pas créer d’urgence une commission d’enquête sur les liens USA – terrorisme et sur les dessous stratégiques de tous ces drames ? Vous et l’Europe, allez-vous continuer de suivre Washington comme un petit chien ? Vous vous félicitez comme un petit garçon quand Obama vous téléphone. Mais pourquoi ne dénoncez-vous pas son hypocrisie derrière ces guerres ? Monsieur Michel, quand je pense à toutes ces souffrances qui auraient pu être évitées, je ne vous remercie pas.

Il est vrai que vous n’êtes pas le seul à pratiquer la langue de bois.

Monsieur le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, je ne vous remercie pas non plus. Vous avez déclaré hier que les terroristes s’en prennent à « notre mode de vie ». Exactement les paroles de George W. Bush le 11 septembre avant d’attaquer l’Irak et l’Afghanistan sous des prétextes mensongers. Monsieur Reynders, pourquoi n’avez-vous pas rappelé votre déclaration d’avril 2013 vantant « ces jeunes (à qui) on construira peut-être un monument comme héros d’une révolution » .

Pourquoi quand je vous ai invité, en juin 2013, à participer à un débat « Jeunes en Syrie, comment les empêcher de partir ? », avez-vous refusé ? Cela ne vous préoccupait pas ? Vous trouviez que pour « changer le régime » comme vous dites, tous les moyens étaient bons, même le terrorisme ? Vous n’avez pas pensé qu’encouragés à commettre ces actes là-bas, certains reviendraient faire pareil ici ? Monsieur Reynders, je ne vous remercie pas.

Madame Milquet, je ne vous remercie pas non plus. Vous étiez ministre de l’Intérieur à cette époque. Vous avez aussi refusé de participer à ce débat, malgré notre insistance, et en changeant sans cesse de prétexte ! Depuis, vous vous taisez. Gênée d’avoir fait la sourde oreille face aux cris de détresse des mamans angoissées de voir que leurs gosses – c’étaient vraiment des gosses de 16, 17, 18 ans – partaient là-bas vers l’enfer sans que la Belgique fasse rien pour les retenir ? Vous n’avez pas de remords en voyant la suite ? Madame Milquet, je ne vous remercie pas.

N’est-il pas temps d’ouvrir un grand débat sur les conséquences de la politique internationale menée par la Belgique depuis des années ?

1. L’Europe doit-elle continuer à suivre les Etats-Unis et leur politique qui met le Moyen-Orient à feu et à sang ?

2. La Belgique doit-elle continuer à soutenir la violence d’Israël, en refusant de faire respecter le droit international et en traitant d’ « antisémites » les jeunes qui veulent soutenir les droits des Palestiniens ?

3. La Belgique doit-elle continuer à se prosterner devant les pétro-dollars des Saud (volés aux peuples arabes au lieu d’utiliser l’argent du pétrole et du gaz pour combattre la pauvreté comme en Amérique latine) alors que tout le monde sait que ces mêmes Saud financent l’intoxication des jeunes esprits par une version empoisonnée et falsifiée de l’islam ?

4. Comment justifier le refus du droit d’asile aux victimes de « nos » guerres en Irak, Syrie, Afghanistan ?

5. Quand ouvrira-t-on enfin le dossier de l’intervention « humanitaire » en Libye, où l’Otan s’est allié à Al-Qaida pour renverser Kadhafi, en violant la Charte de l’ONU qui interdit ce genre de pratiques ? Avec la conséquence qu’on voit aujourd’hui : la Libye transformée en foyer du terrorisme international.

N’est-il pas temps d’ouvrir en même temps un grand débat sur les conséquences de la politique sociale, ou plutôt antisociale, menée par les gouvernements belges depuis des années ?

1. Pouvez-vous rogner sans cesse les budgets scolaires ? Fabriquant des écoles-parkings où les profs manquent de formation adéquate et de moyens pour faire face à tant de questions complexes sur le monde d’aujourd’hui ?

2. Pouvez-vous rogner sans cesse les budgets des prisons et de la réinsertion ? Avec pour conséquence que de petits délinquants deviennent de grands délinquants irrécupérables ?

3. Pouvez-vous rogner sans cesse les budgets des médias audiovisuels de service public ? avec pour conséquence que les journalistes n’ont plus le temps d’approfondir les sujets (confidences reçues de l’intérieur de la RTBF) et sont condamnés au règne du copié-collé et du fast info ? Poussant ainsi les jeunes rendus méfiants vers les théories du complot, ou pire encore vers les prêcheurs fanatiques et les recruteurs sans scrupules ?

4. Pouvez-vous continuer à faire des cadeaux aux banques et aux multinationales qui ne paient quasi plus d’impôts et reporter votre déficit notamment vers les communes, dont les responsables sont privés des moyens nécessaires pour aider les jeunes ? N’est-ce pas ainsi que vous produisez des communes du désespoir comme Molenbeek ? (Mais pas seulement, il y a aussi Vilvorde, Verviers, Anvers et n’oublions quand même pas que les « eurojihadistes » proviennent de nombreux pays européens)

5. Faut-il alors être surpris que tant de jeunes soient tombés entre les griffes de recruteurs professionnels ? D’autant plus que lorsqu’on les signalait à la police, pas toujours, mais bien souvent parents et éducateurs s’entendaient répondre : « Mais qu’ils partent seulement en Syrie, ce qu’on ne veut pas, c’est qu’ils reviennent ici ! »

6. Avez-vous vraiment le droit de vous dire surpris par les attentats de Paris et de Bruxelles alors que la sonnette d’alarme est tirée depuis des années et que vous tous avez refusé d’écouter les donneurs d’alerte ?

Hier, chaque parent a tremblé pour ses enfants. Aujourd’hui, chacun s’interroge sur l’éducation qu’il faut leur donner face à ce monde de plus en plus violent. Allons-nous pouvoir leur offrir une vraie éducation et un avenir ? Demain, quelle ville sera frappée ? La montée de la haine et de la peur, ciblant les musulmans, fait le jeu de l’extrême droite. C’est ça que vous voulez ?

Concluons. Les attentats, ce n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’une politique. Menée à Washington. Puis à Londres et Paris. Bruxelles suivant servilement. Messieurs les dirigeants, vous êtes donc co-responsables. Avons-nous le droit d’en débattre – en « démocratie » – ou bien allez-vous encore user de pressions pour que les médias se taisent ?

Bruxelles, 23 mars

Ce n’est plus un budget, c’est une devinette

 

Ce n’est plus un budget, c’est une devinette

Le trou budgétaire met en péril la crédibilité du gouvernement fédéral. Les ministres semblent miser sur les vieilles ficelles pour combler les trous budgétaires, en parant au plus pressé.

© Fournis par Le SoirAlors 2,2 milliards à trouver ? 3,2 milliards ? Plus que 3,2 milliards ? L’équilibre en 2018 ? En 2019 ? Peu importe ?

Ce n’est plus un budget, c’est une devinette. Ce n’est plus un exercice de précision, c’est du vogelpik. Ce n’est pas une unité de vues, c’est la farfouille : Peeters voit le trou plus grand qu’envisagé par ses camarades, les Flamands veulent l’équilibre en 2017 alors que le MR est prêt à reporter les efforts à 2017 et 2018.

Quel bazar ! À défaut d’avoir ce qu’on voudrait (un chiffre pour le déficit, un chiffre et une date pour l’objectif visé, les mesures pour boucher les trous), on sait ce qu’on n’a pas : la maîtrise budgétaire promise par la suédoise. Les partis qui la composent l’avaient claironné : on allait voir ce qu’on allait voir – comprenez : tout autre chose que les gouvernements précédents. Dégagez les amateurs, les professionnels entrent en piste.

Une vision stratégique, de la rigueur budgétaire… et l’équilibre, rappellent les observateurs flamands. Qui, ces derniers jours, sont sans pitié : si la suédoise n’a même plus l’ambition déclarée de régler le déficit, elle ferait mieux de fermer boutique. De Morgen avant-hier, Het Laatste Nieuws hier : « L’équilibre budgétaire en 2018 était l’unique selling proposition” de cette coalition. Si elle ne la réalise pas, elle brise la promesse faite à deux Flamands sur trois. Et perd sa raison d’être. » Oups !

Il y a le feu au lac. Et de quoi écourter les escapades chinoises du Premier ministre. On ne donne d’ailleurs même plus de date de fin pour ce qui tient de plus en plus du sauve-qui-peut budgétaire. Ceux qui aimeraient penser ou démontrer le contraire ont bien de la peine à trouver des arguments probants dans la manière dont se déroule le feuilleton depuis quelques jours.

C’est sans doute ce qui est le plus gênant, car c’est ce qui met en péril la crédibilité du gouvernement fédéral : le grand bazar budgétaire du moment, avec ses mauvaises surprises, sa dramatisation et ses empoignades intracoalition, est un flagrant déni de cette bonne gouvernance promise, qui devait « sauver » la gestion de la Belgique. Car on a surtout l’impression que ce qu’on essaye soudain de sauver, c’est la face. On faisait passer les « autres » pour des illusionnistes – « Show me the money », disait De Wever à Magnette –, on a soi-même aujourd’hui de la peine à comptabiliser de réelles économies…

Adieu bonne gouvernance, adieu gestion par anticipation, adieu remodelage – dites redesign – de l’Etat, avec en ligne de mire l’efficacité et le juste poids du secteur public dans la machine belge ? Revoilà en tout cas le traditionnel ballet de ministres courant en tous sens, grattant les fonds de tiroirs, misant sur les vieilles ficelles pour combler les trous budgétaires, en parant au plus pressé. On a beau chercher, cela n’a ni l’odeur ni la couleur d’une trajectoire politique préméditée.

Votre Député-Bourgmestre face ( ou complice…) du nucléaire ………

 Je mets en ligne les apaisements que Benoit Friart distille à ses amis de Facebook, ainsi qu’une intervieuw récente du premier ministre japonais à propos de la centrale nucléaire de Fukushima….

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Les discussions s’annoncent longues aujourd’hui en Commission Economie.

À l’ordre du jour : l’examen du projet de loi encadrant la convention sur la prolongation de Doel 1 et Doel 2. Allonger l’exploitation des centrales nucléaires est une nécessité. C’est cette solution qui nous permettra de sécuriser, au meilleur prix, notre approvisionnement en électricité et ainsi garantir l’activité de nos entreprises.

C’est également cette voie qui offrira les meilleures conditions pour assurer, par la suite, la transition énergétique, le véritable défi pour les prochaines décennies.

Photo de Benoît Friart.

Commentaires
Bernard Thiebaut
Bernard ThiebautBonne soirée à toi Benoit

Benoît Friart
Benoît Friart Salut Bernard, Rassure-toi, il y a un maximum de mesures qui sont prises pour sécuriser ces centrales nucléaires de manière à évacuer tout risque d’accident. Bonne soirée à toi, Benoît
Interview

Fukushima : «50 millions d’habitants ont failli être évacués»

Par Arnaud Vaulerin, envoyé spécial à Tokyo
Décontamination près de Naraha, en 2013. Zoom

Décontamination près de Naraha, en 2013.  Photo Andreas B. Krueger

Pour Naoto Kan, Premier ministre japonais au moment de la catastrophe, l’accident n’est pas fini. Devenu fervent anti-nucléaire, il dénonce l’opacité de Tepco et prône un recours massif aux énergies renouvelables.

  • Fukushima : «50 millions d’habitants ont failli être évacués»

Naoto Kan (photo Jeremie Souteyrat) était Premier ministre quand le Japon a vécu la triple catastrophe du 11 mars 2011 (séisme, tsunami et accident nucléaire). En l’espace de quelques heures, il a été confronté à la plus grave crise que l’archipel ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette épreuve a fait de lui l’un des plus fervents partisans antinucléaires du pays. Aujourd’hui député du Parti démocrate du Japon (PDJ), il milite inlassablement pour la fin de cette énergie.

Quelle image gardez-vous du 11 mars et de la crise nucléaire ?

Le grand tremblement de terre a eu lieu le 11 mars 2011 à 14 h 46 et dans les premières minutes, les rapports m’indiquaient que les réacteurs de la centrale de Fukushima Daichi avaient été arrêtés sans problème. Ce n’est qu’une heure plus tard que j’ai su qu’à cause d’une perte complète d’alimentation, les systèmes de refroidissement ne fonctionnaient plus. Je me souviens très bien de ce moment où j’ai reçu cette information. J’ai réellement eu des sueurs froides dans le dos. J’ai compris que l’on entrait dans une situation très grave. Je ne suis pas un spécialiste du nucléaire, mais j’ai fait des études de physique. J’avais lu des documents sur ce qui s’était passé à Tchernobyl en 1986, sur l’accident de Three Miles Island en 1979 aux Etats-Unis ou sur l’accident de criticité [démarrage d’une réaction de fission en chaîne non contrôlée, ndlr] de Tokaimura en 1999. Quand on m’a dit qu’il y avait une perte complète d’alimentation, j’ai compris que cela pouvait signifier une fusion du cœur du réacteur. Mais les rapports que l’on recevait de Tepco, et ce jusqu’à 23 heures le 11 mars, nous indiquaient qu’il y avait toujours de l’eau dans les cuves des réacteurs. On ne savait pas que la sonde mesurant le niveau d’eau ne fonctionnait plus et que l’eau s’était évaporée. Aujourd’hui, on sait que dès 17-18 heures, la fusion avait démarré et qu’un percement de la cuve du réacteur était en cours vers 20 heures. Il faut bien comprendre que l’accident ne s’est pas produit trois jours après le tsunami, mais bien en cinq-sept heures après le tremblement de terre.

Qu’est-ce qui vous a amené à envisager le pire, notamment l’évacuation du grand Tokyo ?

Il y avait un grand risque que les substances radioactives s’échappent de l’enceinte de confinement. Le lendemain du tsunami, il y a eu une explosion d’hydrogène au niveau du réacteur 1, suivie de détonations dans les unités 2, 3 et 4 et des débuts de fusion des cœurs. Quand on arrive à ce niveau critique, cela signifie qu’il faut envisager l’évacuation d’une zone allant jusqu’à 200 kilomètres à la ronde et incluant Tokyo : soit 50 millions d’habitants. Le pays se trouve alors dans une situation de crise inédite. Une heure après l’accident, j’avais en tête l’image de Tchernobyl. En avril 1986, il s’agissait d’un grave accident mais avec un seul réacteur.

A Fukushima, il y a six réacteurs et sept piscines de retraitement des combustibles irradiés. Si jamais les substances radioactives devaient quitter les enceintes de confinement, les émissions radioactives pouvaient être le centuple de celles de Tchernobyl. Il fallait se demander si on allait laisser les employés de Tepco (la compagnie électrique qui gère la centrale) et les forces d’autodéfense [l’armée japonaise] travailler sur place jusqu’à la dernière minute. Fallait-il vraiment mettre leur vie en danger ? En tant que Premier ministre, je devais prendre cette décision. Le 15 mars, à 3 heures du matin, le président de Tepco est venu demander au ministre de l’Economie et du Commerce l’autorisation d’évacuer son personnel. Si les employés quittaient la centrale, il y avait vraiment un risque que la situation devienne encore plus grave. J’ai exigé qu’ils restent jusqu’à la dernière minute. Rétrospectivement, c’est probablement ce 15 mars que la situation a été la plus tendue. Après, le directeur de la centrale de Fukushima Daichi, Masao Yoshida [aujourd’hui décédé], a décidé de son propre chef de faire venir des citernes de pompiers pour refroidir les réacteurs.

Masao Yoshida a-t-il sauvé la situation à ce moment-là ?

Oui. S’il n’avait pas eu cette idée qui ne figure dans aucun manuel, la situation n’aurait pas pu être sauvée. Mais il est parvenu à faire venir de l’eau dans les réacteurs 1 et 2, puis dans les piscines de retraitement. Dans les jours qui ont suivi, le niveau de criticité a commencé à baisser.

Vous étiez pronucléaire et vous êtes devenu un fervent antinucléaire. Quand et pourquoi ce revirement ?

Après le 15 mars, quand la situation est devenue moins critique, j’ai demandé à Shunsuke Kondo, le président de la commission de l’énergie atomique, de me faire une note sur l’évacuation des populations à envisager dans le pire des scénarios. Il arrivait à la conclusion que cela devait prendre en compte la région de Tokyo. Quand j’ai reçu cette étude scientifique, je me suis dit que le nucléaire était vraiment quelque chose de dangereux. J’ai alors changé d’opinion à 180 degrés, je le reconnais et je l’assume encore aujourd’hui. Jusqu’à ce moment, j’étais comme tout le monde : je pensais que jamais au Japon, un pays très sûr, un accident nucléaire tel celui de Tchernobyl ne pourrait se produire. C’est pourtant bien ce qui s’est passé. Alors, je me suis dit qu’il ne fallait plus utiliser le nucléaire, même si le Japon est très dépendant des sources d’énergies de l’étranger. Les risques, les dégâts pouvaient être encore plus grands que ceux d’une guerre mondiale.

Vous avez évoqué plusieurs difficultés au tout début de la crise. Quelle était la nature de ces problèmes ?

Les informations parvenaient du site de la centrale, passaient par le siège de Tepco et arrivaient chez nous. Il y avait trois raisons pour lesquelles elles n’étaient pas toujours fiables. La première est d’ordre technique. Il y avait des problèmes de compréhension de ce qui se passait sur le terrain. La deuxième raison est liée à une mauvaise communication entre Fukushima Daichi et Tepco à Tokyo. Et la troisième raison de ces problèmes est la culture de la dissimulation de Tepco. Quand il y a des mauvaises nouvelles, les dirigeants ne veulent pas le faire savoir.

Cette culture de la dissimulation chez Tepco est-elle encore vivace ?

On sait que la compagnie a un système de visioconférence qui fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec Fukushima Daichi. Encore aujourd’hui, elle ne nous a dévoilé que les parties qui lui convenaient. Beaucoup d’extraits n’ont pas été diffusés et sur les vingt-quatre premières heures d’enregistrement, rien n’a été montré. Tepco continue de cacher quelque chose. C’est évident.

La démocratie et le nucléaire ne font pas bon ménage ?

Le nucléaire ne peut pas être contrôlé par une entreprise privée seule, car le jour où un accident se produit, elle n’est pas en mesure de pouvoir revenir à la situation d’avant l’accident. Le nucléaire doit être maîtrisé par les politiques. Et pour que cela soit le cas, il faut une vraie démocratie, complète. Or, aujourd’hui, au Japon, ce n’est pas possible. J’évoquais la culture de la dissimulation, mais il y a également des informations, des connaissances qui ne sont pas accessibles à tout le monde. Par le passé, aucune démocratie n’a été en mesure de contrôler complètement le nucléaire.

Votre successeur, Shinzo Abe, a dit en 2013 que la situation était «sous contrôle» à Fukushima. Partagez-vous son point de vue ?

Non. Quand il a dit «under control», en anglais, j’ai été très surpris. On sait très bien que la situation n’est pas totalement contrôlée puisqu’il y a encore des fuites et des eaux contaminées qui s’écoulent, notamment dans l’océan Pacifique.

Jugez-vous que l’accident à la centrale de Fukushima Daichi est terminé ?

Non, ce n’est pas terminé dans la mesure où il y a toujours du combustible en fusion dans les réacteurs. Dans l’unité 2 par exemple, la radioactivité est de l’ordre de 70 sieverts, ce qui signifie que l’on peut perdre la vie en cinq minutes si l’on s’approche trop près.

Plusieurs centrales ont redémarré. Comment expliquez-vous cette relance ?

Shinzo Abe a même dit que le Japon était aujourd’hui performant parce qu’il avait cette expérience des accidents. Le nucléaire civil au Japon a démarré dans le cadre des relations que les dirigeants de l’époque entretenaient avec les Etats-Unis. Le président Eisenhower avait mis en avant cette politique de «Atoms for peace» [en 1953]. A partir de ce moment-là, des politiques et des médias se sont dit que le nucléaire pour la paix était possible. Pendant de longues années, il n’y a jamais eu de véritable accident nucléaire au Japon. Le mythe de la sécurité s’est donc mis en place et beaucoup de Japonais et de fonctionnaires y ont cru et j’ai été l’un d’entre eux. Aujourd’hui, le Premier ministre Abe reprend les mêmes arguments qu’avant, comme si la catastrophe n’avait pas eu lieu et je pense qu’au fond de lui, il doit craindre un nouvel accident. Beaucoup de Japonais voudraient oublier cet accident.

Les enquêtes d’opinion indiquent que les Japonais sont opposés au nucléaire civil. Etes-vous optimiste quant à un changement ?

D’abord, je peux vous dire qu’à la fin de ce siècle, il n’y aura plus de nucléaire sur la planète, y compris en France. Ce sera pour des raisons économiques. Si on met de côté la Chine, le nombre des centrales diminue. A long terme, je suis très optimiste. Maintenant, à plus court terme, le Japon a fait repartir trois centrales et c’est toujours le Parti «libéral démocrate qui gagne les élections. Ce résultat tient en grande partie au fait que le nucléaire n’est pas au cœur des débats. Shinzo Abe a mis des thèmes économiques, comme les Abenomics [surnom de sa politique de relance de l’économie], au cœur de sa campagne. Si on regarde les choses différemment, on peut aussi dire que, cinq ans après Fukushima, il n’y a que trois réacteurs sur 48 qui fonctionnent. C’est aussi parce que la population japonaise a freiné à différents niveaux pour que les centrales ne repartent pas. Les choses changent doucement et le mentor de Shinzo Abe est Junichiro Koizumi, qui est dans le même camp que nous.

Le Japon peut-il se passer du nucléaire ?

C’est possible. Le Japon a beaucoup d’énergies, des énergies que le monde entier a : le soleil, le vent, la biomasse dont le Japon possède des quantités importantes. Nous n’utilisons qu’une infime partie de l’énergie solaire. Grâce à elle, dans un avenir pas si lointain, tous les pays du monde pourront, s’ils en ont les capacités techniques, être autosuffisants.

Vous avez dit que les conséquences de l’accident pourraient être plus importantes que Hiroshima ou Nagasaki. En quoi ?

Je suis très inquiet. Je suis allé l’année dernière à Tchernobyl et j’ai écouté là-bas les gens qui évoquaient leur quotidien trente ans après l’accident. D’un point de vue officiel, les autorités japonaises disent qu’il n’y a pas de conséquences, mais quand on parle avec les spécialistes, on apprend qu’ils craignent des cancers, notamment de la thyroïde chez les enfants. La radioactivité est une substance invisible qui a une toxicité telle qu’on a du mal à l’imaginer. Si on peut se passer d’une substance qui comporte autant de risques, c’est mieux.

Cimenterie de Thieu…Un citoyen nous fait part de son avis.

Objet blog UDP Le Roeulx
De Serge ROLAND
À vt6802729@base.be
Date Jeu 21:59
Bonjour Monsieur Duval,
Je cherche à publier un commentaire sur le site de l’UDP à propos du site de l’ancienne cimenterie à Thieu mais je n’y parviens pas.
Pouvez-vous le publier pour moi SVP ?
Mon nom peut être cité.
D’avance merci,
Serge ROLAND
7070 Thieu
Voici mon commentaire :

Lors du rachat de ce terrain à dépolluer par la Ville, il n’était pas question de construire quoi que ce soit mais plutôt d’y planter un arboretum et d’y aménager un parcours santé. Une très bonne idée d’autant qu’il y a un déficit d’espaces verts publics sur Thieu et Ville/Haine.

Puis vint le complexe sportif et, par la suite, des projets de classe B comme Béton.

Essayons d’analyser les faits et évitons les histoires douteuses, telles qu’on en raconte dans les cafés  après quelques St-Feuillien triples.

Le complexe sportif est une bonne idée et est une réussite, tant au niveau de la réalisation que de la fréquentation (regardez quand même le prix de location des salles par rapport à la concurrence).

Le revers de la médaille est l’explosion du coût par rapport aux estimations initiales (et au subside) ET la volonté de couvrir ces charges au moyen de recettes tirées du site.

Cet investissement est fait. Il faut l’accepter, quitter une approche de simple trésorerie et inciter la Ville à développer les meilleurs projets possibles. Pensons au déficit de solutions pour les personnes âgées, à un réaménagement de la rue Manoir St Jean avec un quartier multigénérationnel, etc…

Il est possible de travailler de manière durable et de développer des projets raisonnables sans aliéner l’ensemble du site. Notamment en réservant une zone verte le long des berges et en vis-à-vis du port de plaisance, plantée, aménagée et publique.

Il y a du travail. Les études d’incidence sont bâclées, les projets sont d’une qualité médiocre, il n’y a aucune vue de l’impact sur le village de l’ensemble des projets envisagés, etc.

La Région wallonne a arrêté le projet de construction de 40 maisons.

Lorsque nous verrons émerger le bloc d’appartements en construction, disons-nous « never again ».

Concentrez-vous sur l’avenir, sur l’amélioration de la qualité des projets quand il est encore temps de les améliorer ou de les arrêter.

Saga de la Cimenterie de Thieu….Suite……..et….

Depuis l’arrestation semaine dernière d’un comptable indélicat à l’ OWD  ( Office Wallon des Déchets), chaque jour nous apporte de nouvelles révélations sur le traitement des déchets.

Elles tombent à point bien nommé.

En effet, suite au dernier refus du Député-Bourgmestre Benoit Friart, pas plus tard que ce mercredi 3/03/2016, de nous autoriser ( Bombart, Couteau, Duval) à compulser les documents ayant trait à l’analyse de sol «  mal localisée » selon ses dires, et sous le faux prétexte qu’il n’y a rien dans ce dossier  qui de plus relève de l’IDEA !, le groupe Alternative a demandé l’inscription d’une interpellation à l’ordre du jour du prochain conseil communal de ce lundi 14 mars.

Nous espérons ainsi avoir peut-être des éclaircissements sur ce dossier épineux et pourri.